Le SNALC dans l’Express : Démissions d’enseignants

vendredi 6 janvier 2017
par  LECOURTIER Sébastien

Démissions d’enseignants :

"De jeunes profs pleuraient de ne pas être préparés"

Par Chloé Pilorget-Rezzouk
publié le 06/01/2017 à 10:57
Depuis quatre ans, les démissions dans l’Education nationale augmentent, selon un rapport du Sénat. La défection des enseignants stagiaires inquiète particulièrement.

Le chiffre ne cesse d’augmenter. Encore marginales, les démissions d’enseignants connaissent néanmoins une hausse conséquente depuis 2012, selon un rapport sur l’enseignement scolaire des sénateurs Jean-Claude Carle (LR) et Françoise Férat (UDI), rendu fin novembre.

Ce mouvement de départs concerne aussi bien les professeurs titulaires que les stagiaires. Dans le premier degré, le taux de démission a ainsi triplé de l’année scolaire 2012-2013 à celle de 2015-2016, tandis qu’il a doublé dans le secondaire. Toutefois, le ministère de l’Education nationale a relativisé ces chiffres auprès des Echos, les qualifiant d’"extrêmement faibles" et avançant que "la comparaison d’une année sur l’autre n’a pas grand sens".

Les raisons des démissions

Quels éléments peuvent éclairer cette augmentation ? "Le ministère de l’Education nationale n’a pas fourni d’explication", indiquent les parlementaires. L’une d’elles, selon Albert-Jean Mougin, vice-président du syndicat le SNALC, tiendrait à "l’effet de déconsidération générale, à la fois matérielle et morale, que vivent aujourd’hui certains professeurs", affirme-t-il à L’Express.

D’après cet agrégé de lettres, "cette désaffection est inquiétante". Rémi Boyer, expert-consultant pour le dispositif mobi-SNALC, invoque, lui, pèle-mêle "l’infantilisation actuelle des enseignants", un "alourdissement des tâches administratives" voire une "pression psychologique sur les acteurs de l’Éducation nationale".

Chez les professeurs titulaires du premier degré, les démissions ont ainsi presque doublé depuis 2012-2013, passant de 299 à 539 départs. A l’instar de Marie-Christine*, qui a décidé de démissionner cette année pour se lancer dans une création d’entreprise.

Professeur de mathématiques depuis 25 ans, cette quinquagénaire, qui envisageait de partir depuis plusieurs années, a fini par faire "un burn-out", confie-t-elle à L’Express. La faute à des conditions de travail "de plus en plus pénibles" et "une quantité de tâches administratives inutiles en augmentation" au détriment du temps passé "à essayer de de résoudre les difficultés des élèves".

"Envie de me prouver que je peux faire autre chose"

Agé de 49 ans, Thibaut a lui aussi choisi de démissionner dès la rentrée prochaine. Mais pour de toutes autres raisons. En poste depuis 1994, il dit : "Je suis épanoui dans mon travail, j’aime les élèves, j’aime enseigner, mais j’ai envie de me prouver que je peux faire autre chose". Désormais, il sera brocanteur. "Je suis prof d’histoire-géo, donc tous les vieux trucs ça m’intéresse", lance cet enseignant dans un lycée breton.

Difficile de circonscrire véritablement les motifs des démissions, très variés. Auprès des Echos, le secrétaire général du SE-UNSA, Christian Chevalier, avance une autre explication à cette hausse de départs. La promesse de François Hollande de créer 60 000 postes dans l’éducation a pu susciter "un véritable appel d’air pour ceux qui ne se destinaient pas à ce métier, étaient au chômage ou avaient envie de se reconvertir", entraînant ainsi une confrontation "brutale" à la réalité du métier.

Les stagiaires particulièrement touchés

Parmi les démissionnaires, les futurs titulaires sont particulièrement concernés. Les parlementaires s’alarment ainsi dans leur rapport de ces chiffres qui "révèlent une progression inquiétante du phénomène auprès des enseignants stagiaires, particulièrement dans le premier degré". En 2012-2013, le nombre de stagiaires démissionnaires ne s’élevait en effet qu’à 65. Quatre ans plus tard, on dénombre pas moins de 434 démissions.

Rémi Boyer, également fondateur en 2006 de l’association "Aide aux profs", renommée depuis "Après Prof", détaille auprès de L’Express : "Les stagiaires ont plusieurs rapports à fournir dans l’année, dont leur mémoire. Le rythme de travail est extrêmement lourd." Dans leur rapport, les parlementaires soulignent d’ailleurs "le caractère éprouvant de l’année de stage, pendant laquelle les stagiaires doivent assurer un service d’enseignement à mi-temps, suivre leur formation et mener un travail de recherche."

"On attend beaucoup de nous, dès la première année"

Raphaël, professeur stagiaire de lettres en seconde, dans un collège de Saône-et-Loire, confirme : "On attend beaucoup de nous, dès la première année". Pour sa première rentrée, en septembre dernier, le jeune homme de 28 ans se souvient que de "jeunes profs pleuraient de ne pas être préparés". Il estime que la formation qui leur est délivrée demeure "trop théorique", "trop décalée" par rapport à la réalité en salle de classe.

Autre problème : la première affectation de poste. S’il aime beaucoup son nouveau métier, Raphaël n’est pas prêt à se retrouver "n’importe où". Or, les jeunes titularisés sont souvent affectés sur des zones et établissements jugés difficiles notamment en banlieue parisienne, indique Rémi Boyer.

Surtout, "je trouve cela étrange qu’on envoie les jeunes profs qui sont les moins expérimentés, là où ils vont se trouver en difficulté, car personne ne veut y aller", rapporte Raphaël à L’Express. Lui ne comprend pas qu’on ne choisisse pas "son lieu de vie et de travail" les premières années. Le jeune homme qui vit en province ne s’en cache pas, il n’a "pas assez la vocation" : "Si je suis en poste en banlieue parisienne, je démissionnerais".

*Le prénom a été changé.



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