Le SNALC dans le Figaro : mobi-SNALC plateforme d’aide à l’évolution professionnelle

jeudi 10 novembre 2016
par  LECOURTIER Sébastien


Une plateforme d’aide à l’évolution professionnelle

pour les enseignants

Par Caroline Beyer
Publié le 07/11/2016
Lancée par un syndicat d’enseignants, cette plateforme vise à pallier les manques de l’institution qui, face à la crise du recrutement, limite les évolutions de ses personnels.

Dans un contexte de crise du recrutement des enseignants, l’administration verrouille les possibilités, déjà minces, de changements. Peu d’accompagnement vers les secondes carrières, peu de mobilité à l’intérieur de la fonction publique, peu de possibilités de respirer… Est-on condamné à exercer le plus beau métier du monde jusqu’à la retraite ?

Agrégé de géographie, Rémi Boyer accompagne depuis 10 ans des enseignants en quête de renouveau, à travers son association Après Profs. Un combat solitaire pour pallier l’absence de politique de l’institution dans le domaine. Auteur de trois ouvrages sur le sujet*, il vient de rejoindre le syndicat d’enseignants SNALC pour y poursuivre son action, à travers un dispositif lancé le 7 novembre et baptisé Mobi-SNALC. « Face à une administration sourde aux demandes de ses troupes, un syndicat peut demander des comptes, faire pression », explique-t-il.

Les difficultés à faire le plein aux concours de recrutement - dans les académies de Créteil et Versailles pour les professeurs des écoles ; en maths, lettres modernes et anglais pour les enseignants du secondaire - pousse l’institution à fermer les portes à toute forme d’évolution. « Nécessité de service », brandit-elle de plus en plus fréquemment depuis 2011, pour motiver ses refus de demandes de mises en « disponibilité pour convenance personnelle » sans solde, occasion souvent de se former et de réfléchir à une évolution. Les postes « mis à disposition » (dans une autre administration, une association, un syndicat, un cabinet ministériel…) sont passés de 5200 en 2005 à 148 en 2012. Les promesses sur les secondes carrières - ce droit est inscrit dans la loi de 2003 sur les retraites - n’ont pas été tenues. « On a créé les conseillers mobilité carrières dans les académies, mais ils sont bridés : ils ont pour consigne de garder les enseignants », explique Rémi Boyer. L’administration refuse les départs volontaires - environ 1000 démissions par an sur 800.000 enseignants - et les indemnités. Restent les classiques évolutions vers l’inspection et la direction d’établissement.

Un réseau d’anciens professeurs reconvertis

C’est pour aller au-delà que la structure Mobi-SNALC a été voulue par le SNALC, à l’initiative d’Albert-Jean Mougin, son vice-président. Cette plate-forme sécurisée propose conseils, bilans professionnels, conseils, préparations d’entretiens… Son concepteur, Rémi Boyer, travaille avec un réseau d’anciens professeurs reconvertis, notamment dans le coaching.

Pour le SNALC (13.000 adhérents, 5 % des suffrages lors de la dernière élection professionnelle), il s’agit de s’attirer de nouveaux adhérents, mais aussi de s’emparer, comme il l’a fait pour le burn-out des enseignants, d’un sujet laissé de côté par l’institution. « Il faut se poser la question de savoir pourquoi certains enseignants veulent faire autre chose, estime Albert-Jean Mougin. Il faut leur donner la possibilité d’aller voir ailleurs et de revenir ensuite. Le système éducatif tel qu’on l’a construit jusqu’alors est un vaste gâchis humain », ajoute-t-il.

Les enseignants font les mêmes constats. Un bon contact avec les élèves - surtout à l’école primaire, beaucoup moins au collège -, pas de difficultés insurmontables avec les collègues et la hiérarchie directe, mais une administration qui infantilise, décide et ordonne. « La réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem nous conforte dans cette analyse », insiste le vice-président du SNALC. En 10 ans passés à la tête de son association, Rémi Boyer a été contacté par 12.000 enseignants : une moitié de professeurs des écoles, 40 % d’enseignants du collège et 10 % du lycée. Quelque 650 se sont reconvertis, essentiellement dans les métiers de service à la personne. « Le soutien scolaire marche très fort pour les professeurs de maths. En un ou deux ans, ils ont la garantie de gagner deux fois plus que s’ils travaillaient dans l’Éducation nationale », observe-t-il.

*Le dernier en date, Souffrir d’enseigner, est paru en 2013