Le SNALC dans Le Point : La réforme des collèges va s’ensabler

lundi 29 août 2016
par  LECOURTIER Sébastien

La réforme des collèges va s’ensabler

PROPOS RECUEILLIS PAR JEAN-PAUL BRIGHELLI
Modifié le 28/08/2016 à 14:43 - Publié le 28/08/2016 à 12:39 | Le Point.fr


François Portzer est le président du Syndicat national des lycées et collèges, second syndicat du secondaire parmi les enseignants. Entretien.

Le Point.fr : Les ministères de l’Éducation et de l’Intérieur ont tenu une réunion d’information sur les mesures de sécurité autour des établissements. A-t-on bien pris la mesure de l’urgence ?

François Portzer : Axées sur l’anticipation et la sécurisation, les mesures annoncées sont essentiellement factuelles. Rien en soi qui puisse attiser les critiques, mais rien qui déclenche l’enthousiasme : diffusion à la rentrée de guides spécifiques pour les différents acteurs de la collectivité éducative (parents, directeurs d’école, chefs d’établissement), mise en place d’une alerte SMS à destination des directeurs d’école, créations de cellules de crise, travaux pour sécuriser les accès des établissements, mise en place d’un troisième exercice annuel anti-attentats dans tous les établissements, formation des élèves et des personnels aux gestes des premiers secours, signalement – aux directeurs d’école ou aux CPE – des élèves et des personnels radicalisés – une vingtaine d’enseignants, à ce que rapporte le ministère qui n’a pas voulu en dire davantage. Pour la plupart, des gens installés depuis plusieurs années.

Ces mesures vous paraissent donc positives ?

En tout cas, cela suppose une mobilisation de tous les personnels. C’est en soi une bonne chose. Mais, sur le plan concret, des difficultés persistent. Comment gérer par exemple les rassemblements de lycéens fumeurs à l’extérieur des établissements ? Je crois que, dans un avenir proche, entre le respect de la loi Évin et le souci de la sécurité, il n’y aura pas d’hésitation. De même, comment éviter les rassemblements de parents et d’enfants devant les écoles primaires, deux fois par jour – ou en allant à la cantine, qui est très souvent, dans les petites communes, extérieure à l’établissement ? Et avec quel budget recruter des agents qui se chargeraient spécifiquement de la sécurité ? Autant de questions laissées sans réponse. Le budget alloué aux questions de sécurité permet, rapporté aux 64 000 établissements primaires ou secondaires, une ventilation de 800 euros par école. Byzance ! Alors même que l’architecture « ouverte » voulue depuis les années 1970 supposerait des mesures de confinement sérieuses. C’est peut-être sur le long terme que ce plan, qui a quand même un aspect « effet d’annonce », pèche davantage.

La réforme des collèges va-t-elle impliquer un grand chambardement puisque le ministère a voulu réformer tous les niveaux en même temps ?

Sincèrement, je crois que la réforme va s’ensabler. Mme Vallaud-Belkacem n’a pas bien jugé la force d’inertie du corps enseignant. Surtout quand il s’agit de lui faire appliquer des programmes et une pédagogie qu’il refuse à plus de 80 % ! Chaque établissement fera sa petite cuisine pour arrondir les angles aigus de la réforme et amortir ses effets délétères. Ce sera un sabotage de l’intérieur, sans doute avec la complicité passive des chefs d’établissement, dont le syndicat n’a pas l’air de vouloir créer des conflits en faisant inopportunément du zèle… Dans la pratique, on continuera comme avant, en attendant les prochaines échéances électorales. C’est dans les petits collèges que les effets néfastes se feront le plus vite sentir. Les établissements parisiens ont obtenu de garder inchangés leurs classes bilangues, leurs cours d’allemand et de latin. On soigne les collèges des enfants de nos ministres ! Mais dans la « France périphérique », on peut craindre le pire. C’est une réforme qui institutionnalise l’école à deux vitesses – sinon trois – entre établissements surdotés et collèges sacrifiés. Si l’on se souciait enfin de dispenser des savoirs inspirés des Lumières, et sans plus accorder d’importance aux divagations des uns et des autres sur les « complots », le darwinisme ou la fréquentation sexuée des piscines, on en arriverait à remettre largement en cause les programmes qui fondent la réforme des collèges – et ça, il n’en est pas question ! Il faut donner des réponses à proprement parler idéologiques pour remettre à l’honneur l’idéal républicain. Et les savoirs – de vrais savoirs, pas du baratin sur de pseudo-compétences – sont la meilleure thérapeutique à long terme.

Les enseignants vont-ils se servir des manuels inspirés par la réforme ?

Tant d’enseignants déjà se passent pratiquement de manuels ! Admettons que dans certaines matières – l’histoire-géographie, par exemple – on ait effectivement besoin de documents. Eh bien, je crois que les enseignants prendront dans les manuels ce dont ils ont besoin, et négligeront le reste. D’ailleurs, la plupart des documents nécessaires sont en accès libres sur Internet – c’est là que les auteurs vont les prendre ! Et dans de nombreuses matières, les professeurs bricoleront, en attendant des jours meilleurs.

Le Snes appelle à une première grève le 8 septembre. Le SNALC n’y participera pas. Pourquoi ?

Le Snes fait des grèves à petits pas, à petits prix et à petits risques. Nous avons proposé à l’ensemble des organisations syndicales en juin dernier une grève globale des corrections du bac et du brevet, pour exiger le retrait de la réforme du collège. Et nous avons essuyé un refus, sous prétexte que nous prenions les élèves en otages, etc. Mais il faut le dire clair et net : c’est le ministre qui prend aujourd’hui tous les élèves en otages, avec sa réforme ! Nous avons l’occasion de recevoir l’un après l’autre les divers candidats à la candidature… Sarkozy, Mélenchon, Le Maire ou Juppé sont passés ou passeront bientôt discuter avec nous. Nous sommes et resterons très fermes sur un point au moins : tout en étant franchement apolitique, le SNALC ne verra pas d’un bon œil un candidat qui n’inscrirait pas l’abolition de cette réforme dans son programme.

Mais les candidats de droite, au moins, ont toutes les raisons de le promettre, non ?

Pas forcément. Certains voient plus loin, et prennent en considération ce qui est en germe dans cette réforme, qui est la territorialisation – la régionalisation – de l’Éducation nationale –, qui du coup ne le serait plus guère. La création des « super-rectorats » a formé le cadre de cette territorialisation, où d’aucuns croient qu’ils ont du pouvoir à gagner, et où l’École de la République a tout à perdre.

Un désenchantement profond se lit dans les salles de professeurs. Les syndicats en pâtissent. Comment va le SNALC en ce moment ?

Mais très bien ! Nous sommes en progression de 60 % par rapport aux années 2000. C’est ce que j’appellerais volontiers « l’effet Najat » ! Le ministère a cru acheter les enseignants avec 100 euros de plus par mois. Primo, le compte n’y est pas – mais pas du tout ! Secundo, on n’achète pas l’âme d’une profession avec une aumône. C’est un métier que l’on ne fait – que l’on ne peut faire – que par passion. Pas pour gagner de l’argent, comme a cru bon d’en plaisanter Mme Vallaud-Belkacem elle-même (1) ! Et la réforme en cours tue ce qui est le cœur du métier, la transmission, et la foi qui nous fait espérer d’amener chaque élève au plus haut de ses capacités. Nos propositions pour instituer un collège modulaire, que nous affinerons lors de notre congrès de fin octobre, et qui pallieraient la débâcle du collège unique, n’ont pas d’autre objectif.

(1) Lors de l’émission "On n’est pas couché" (29 min 50 s)

Contact : INFO@SNALC.FR

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