Le SNALC sur Figarovox : Refondation zéro pointé

mardi 3 mai 2016
par  Sébastien LECOURTIER

Assises de la refondation de l’école :

le zéro pointé d’un prof

Par Jean-Rémi Girard - Publié le 02/05/2016

François Hollande et ses trois ministres de l’Education nationale successifs se réunissent les 2 et 3 mai pour les assises de la refondation de l’école au Palais Brongniart. Deux jours d’auto-congratulation sans prise avec la réalité, estime Jean-Rémi Girard, professeur de français

2012. Vincent Peillon. On va refonder l’École. Dans cette « Refondation », priorité au primaire, maîtrise du français, moins d’échec scolaire, des professeurs en plus, une vraie formation pour ces derniers. De très belles annonces. On aimerait y croire (mais on est quand même méfiant : on en a vu d’autres, des ministres arriver avec leur réforme-qui-allait-tout-changer).

2016. Najat Vallaud-Belkacem. Deux coûteux jours d’auto-congratulation à la Bourse (?). Rien que la revue distribuée à l’entrée fait 60 pages, toutes en couleur. Deux anciens ministres venus soutenir leur camarade. Ils sont venus, ils sont tous là, les directeurs, les sénateurs, les cadres de la grande fonction publique. Quelques professeurs perdus dans l’assemblée, souvent syndicalistes, dont votre serviteur — qui n’est pas resté bien longtemps, le SNALC ayant voulu interpeller la ministre et ayant illico-presto été mis à la porte. Que la Refondation est belle, se dit-on dans un charmant entre-soi.

À chaque non-sens, la ministre a pourtant communiqué, et a dit exactement le contraire du réel. Le latin, ce sera « pour tous les élèves », martèle-t-elle dans les médias. À se demander si elle l’a lue, sa réforme.

Et pourtant… Que s’est-il réellement passé ? La priorité au primaire ? Les communes pour beaucoup ne savent toujours pas quoi faire avec la réforme des rythmes scolaires, dont l’influence pédagogique est, au mieux, nulle. De toute manière, le nombre d’heures de cours n’a pas changé, et l’on a enlevé 1h par semaine d’aide aux élèves en difficultés. La formation ? On a pris les mêmes formateurs et on a recommencé les mêmes errances. Les stagiaires sont épuisés car surchargés. Leur esprit critique est souvent mis à rude épreuve. Les postes ? Il faut faire trois pages de calculs pour arriver au chiffre promis, qui dissimule en fait les heures nécessaires à la formation citée plus haut. Il n’y a en fait pas moins d’élèves par classe.

Au collège, personne ou presque ne veut de l’aberrante réforme qu’on essaie de faire passer de force, à grands coups de ce que le ministère ose appeler des « formations », et qui ressemblent bien davantage à un camp de redressement idéologique pour déviants. Le souci, c’est qu’il y a 80% de déviants chez les professeurs, et qu’ils ont de solides raisons de dévier. Massacre des langues anciennes. Massacre de l’allemand. Suppression des heures de soutien en + des heures de cours pour les élèves en difficulté, qu’on accompagnera désormais sur le temps de cours, avec moins de français en sixième. Projets imposés sur les heures d’enseignement, qui ne répondent en rien aux difficultés des élèves. Élèves qui ne redoubleront plus même s’ils sont complètement perdus. Programmes inopérants organisés par cycles de 3 ans alors que les professeurs ne les ont qu’une année. Des programmes communs du CM1 à la sixième, parfaitement impossibles à organiser et mettre en œuvre, un collège recrutant souvent sur une dizaine d’écoles primaires, et certains écoles envoyant leurs élèves sur plusieurs collèges. Il manquera à une partie des élèves des pans entiers de programmes.

À chaque non-sens, la ministre a pourtant communiqué, et a dit exactement le contraire du réel. Le latin, ce sera « pour tous les élèves », martèle-t-elle dans les médias. À se demander si elle l’a lue, sa réforme. Peut-être pas, vu qu’elle n’était à aucune des (rares) réunions où le texte a été imposé aux représentants des professeurs.

À l’arrivée, et je suis le premier à le regretter, on n’a rien refondé. On a fait de la com, à l’image de cette journée pour happy few. On a un peu oublié qu’il y avait de vrais établissements avec de vrais profs et de vrais élèves. Et Najat Vallaud-Belkacem a permis aux cadres du ministère, qui n’ont qu’une unique réforme en stock, parfaitement idéologique, de faire ce qu’ils voulaient. Ils ne s’en sont pas privés. In fine, c’est pitoyable. Qu’on se rassure : quand, dans trois ans, on constatera l’échec, on s’en prendra aux méchants professeurs qui n’auront pas compris, qui auront mal appliqué, alors que quand même, une si belle idée… un si grand projet… tant de bonnes intentions ! Mais pour la ministre, tant que la communication va, tout va. Tant pis si la réalité, ce machin un peu gênant, est différente. Elle n’a pas les moyens de s’embaucher des communicants, la réalité.

Jean-Rémi Girard,
Vice-président national du SNALC-FGAF
Regarder la VIDEO extraite du journal de BFM TV :
Jean-Rémi GIRARD, vice-président national du SNALC-FGAF, tout juste expulsé de #RefondationEcole : « Cette réforme, elle n’est pas bonne, il faut rouvrir les négociations, ça fait un an qu’on le demande parce que la réforme est mauvaise *pour les élèves*. Ça fait un an que la ministre n’écoute pas. »
Regarder la VIDEO extraite du journal de Public Sénat :
« Nous avons à faire à une absence de dialogue totale, c’est pour ça que nous avons pris la parole. Nous n’avons pas pu rencontrer la ministre depuis plus un an. Elle occulte véritablement la parole des enseignants. Nous avons voulu manifester la réalité du terrain dans une assemblée où il n’y a quasiment aucun prof de base mais toute la nomenklatura qui dirige le ministère depuis des années » explique François Portzer, président national du Syndicat national des lycées et collèges (SNALC) qui dénonce lui « cette grande messe médiatique extrêmement coûteuse ».