Le SNALC dans Le Monde : Il faut que les enseignants cessent d’être trop polis

mardi 29 mars 2016
par  LECOURTIER Sébastien

LE POINT AVEC... Jean-Rémi Girard :

« Il faut que les enseignants cessent d’être trop polis »

Jean-Rémi Girard est professeur de français dans un collège des Yvelines et vice-président du SNALC-FGAF.

Les partisans de la réforme du collège, comme Christian Chevalier (SE-UNSA), dans La Lettre précédente, considèrent que sa contestation est « derrière nous »...

La contestation est toujours présente et toujours très forte. Elle s’est massivement manifestée lors des réunions de formation, où beaucoup de collègues ont pris conscience de ce qui allait se passer. La grande majorité d’entre eux reste absolument opposée à cette réforme.

On peut être opposé et plus ou moins résigné...

Beaucoup de nos collègues pratiquent une résistance passive. Ils ont vu passer tellement de réformes qu’ils se disent que celle-ci, comme les précédentes, sera peut-être oubliée d’ici quelques années. On a eu les itinéraires de découverte, maintenant les enseignements pratiques interdisciplinaires, dans quelques années, qui sait, un autre dispositif dont on nous dira que c’est beaucoup mieux... avec la même dramatique absence de résultats. Notre analyse est que, depuis longtemps, on ne cesse de mettre en place la même réforme, sous des noms différents mais toujours avec les mêmes principes qui ne fonctionnent pas.

Comment expliquez-vous que l’opposition des enseignants n’a jamais atteint un seuil suffisant pour contraindre le gouvernement à renoncer ?

Les enseignants sont trop polis ! Leurs mobilisations aujourd’hui consistent à faire des grèves d’un jour et voir ce qui se passe après. A un moment, il nous faudrait cesser d’être gentils et faire valoir nos revendications par des actions plus fortes et plus efficaces. Nous pensons, au SNALC, que d’autres formes d’action sont nécessaires, sur lesquelles nous n’avons malheureusement pas été suivis par nos partenaires de l’intersyndicale. Notamment concernant les examens. Nous aurions fait une grève intersyndicale du brevet l’année dernière, on ne parlerait plus de cette réforme.

Certaines descriptions outrancières de la réforme n’ont-elles pas, finalement, plus contribué à l’expectative du corps enseignant qu’à sa mobilisation ?

Je vais peut-être vous surprendre mais je suis d’accord avec l’idée qu’il y a eu des outrances. Nous avons veillé, au SNALC, à les écarter pour faire un vrai travail d’explicitation et produire des documents précis sur les conséquences de cette réforme. En elle-même, celle-ci est suffisamment mauvaise pour qu’il soit inutile de la caricaturer. Le problème n’est pas l’interdisciplinarité mais la façon dont on l’a structurée dans un cadre horriblement contraint. La plupart de nos collègues font des projets interdisciplinaires aujourd’hui en collège et ça se passe bien. Là, on se retrouve avec un système totalement bureaucratique. Devoir travailler sur des thèmes contraints avec des collègues imposés et selon un planning rigide, cela ne sert à rien pédagogiquement. Cette interdisciplinarité-là n’a aucun avenir.

Souscrivez-vous à l’affirmation que cette réforme vise à faire des économies ?

Pas tout de suite, pas directement. Les dotations aux collèges sont globalement stables. Celles en lycée diminuent simultanément. On a beaucoup de mal à avoir des chiffres exacts sur ce sujet. La marge d’autonomie, présentée comme pédagogique, vise en fait à adapter la structure aux recrutements : les heures servent pour conserver tel ou tel poste. C’est une autonomie administrative. Les chefs d’établissement l’ont très bien compris.

Le SNALC soutient, contre la modification du code du travail, les manifestations d’étudiants et de lycéens... Etonnant, non ?

Ce qui se passe avec la « loi Travail » est de même nature que ce qui arrive dans l’éducation nationale sur le collège ou les rythmes scolaires. C’est-à-dire un problème général de dialogue social. Il nous paraît normal de marquer notre solidarité avec les mouvements en cours, en rappelant que nous sommes de véritables partenaires sociaux qui veulent être traités comme tels. Et il ne nous échappe pas que quand un changement se produit dans le secteur privé, certains veulent souvent en faire le décalque quelques années plus tard dans le public.


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