Pour ou contre les blocs de compétences ? Première partie : une nécessité !

jeudi 25 février 2016
par  LECOURTIER Sébastien

Pour ou contre les blocs de compétences ?
Première partie : une nécessité !

L’arrivée du compte personnel de formation (CPF) impose la mise en place des blocs de compétences. Les refuser mettraient l’éducation nationale hors course, d’autant qu’elle a déjà raté le départ au profit du Ministère du travail. Néanmoins, la plus grande prudence est de mise car ce qui peut paraitre à beaucoup un ajustement technique est en fait le début de ce qui pourrait rapidement être une révolution copernicienne de la formation
Quelques rappels pour situer le sujet : la notion de compétence est une notion importée du monde du travail et plus particulièrement de la formation professionnelle où l’on identifie par nécessité ce que savent faire les salariés qui doivent changer de poste ou accéder à une formation. On nous l’impose en procédant au découpage à l’excès des connaissances de nos élèves : les grilles de notation dans la voie professionnelle peuvent comporter jusqu’à trente items aboutissant à la quasi impossibilité de mettre une note en dessous de la moyenne. Idem en langues. Evidemment cela nous irrite, car cela contribue à distribuer des diplômes dévalués. Et nous entendons parler depuis plus de dix ans avec une insistance variable des systèmes européens de crédits (ECVET* et ECTS**), si compliqués que seuls quelques rares spécialistes s’y retrouvent à peu près.
Aujourd’hui la pression vient de France avec la mise en place au 1er janvier 2015 du compte personnel de formation (loi Sapin du 6 mars 2014) en remplacement du droit individuel à la formation (DIF). Les dispositions clefs de cette nouvelle loi consistent d’une part à imposer qu’une formation éligible au CPF soit qualifiante contrairement au DIF et d’autre part à s’appliquer à toute personne d’au moins 16 ans, ayant un emploi (15 ans pour les apprentis), ou à la recherche d’un emploi, ou accompagnée dans un projet professionnel.
Il aura certes fallu environ un an pour que les effets du CPF se fassent sentir mais ils sont spectaculaires. En effet, une formation est considérée comme qualifiante si elle fait l’objet d’une inscription au registre national des certifications professionnelles (RNCP) : le délai observé correspond au délai d’instruction des dossiers d’inscription. Les plus réactifs en la matière ont été les établissements d’enseignement supérieur puisque le nombre de titres inscrits au RNCP pour le supérieur est passé de 3000 à 5000 en un an. Désormais tous les acteurs de la formation continue se hâtent d’inscrire leurs formations au RNCP quitte à procéder à un léger toilettage, d’autant que le marché qui s’ouvre est infini !
En effet, l’ouverture du CPF aux apprentis et à tous les demandeurs d’emploi, même et surtout les plus jeunes, est un autre moyen pour les opérateurs privés de vider les lycées professionnels.
Pour autant, nous ne pouvons rester dans le refus et l’immobilisme : mondialisation et progrès techniques imposent à tous une carrière faite de changements réguliers et donc d’adaptation permanente à de nouveaux emplois ; on considère que 50% des emplois de 2020 n’existent pas aujourd’hui. La meilleure défense étant l’attaque, nous nous devons de rendre opérationnels les blocs de compétences, mais en protégeant les conditions de travail des élèves en formation initiale, des jeunes n’ayant pas commencé leur carrière et revenant en classe, des adultes en formation continue et bien sûr des professeurs.
Les blocs de compétences sont nécessaires du fait des modalités d’acquisition des droits *** (tranches de 120 et 150 heures) et des modalités de mise en œuvre de la formation continue : rares sont les salariés qui peuvent s’absenter plusieurs semaines alors que rares sont les diplômes qui nécessitent moins d’une centaine d’heures de formation. Un découpage s’impose donc. Les candidats à la formation continue disposent d’acquis que la validation des acquis de l’expérience (VAE) permet d’ores-et-déjà d’identifier afin de définir des dispenses d’unités de diplôme et donc une réduction du temps de formation. La situation des jeunes n’ayant pas entamé leur carrière est de fait plus complexe.
Différents travaux sur ce sujet sont en cours : nous vous présenterons dans le prochain numéro la recommandation de la direction générale de l’enseignement scolaire et surtout nos préconisations pour limiter les risques de mélange des publics dans nos classes de baccalauréat professionnel ou de BTS. En l’état actuel, nous considérons que les dispenses partielles ne peuvent s’appliquer qu’aux candidats adultes de la formation continue, faute de quoi les « sorties avec bloc de compétence mais avant diplôme » ne feraient que masquer des sorties sans diplôme.

*ECVET : système européen de crédits d’apprentissage pour l’enseignement et la formation professionnels
** ECTS : système européen de transfert et d’accumulation de crédits
*** modalités d’acquisition des droits : une personne acquière des droits à formation à raison de 24h/an jusqu’à 120h puis 12h/an jusqu’à 150h


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