Réforme du collège : les opposants optent pour la résistance locale (http://www.lemonde.fr/)

jeudi 12 novembre 2015
par  LECOURTIER Sébastien

« Monsieur le Président, la réforme du collège prévue pour la rentrée 2016, plus bureaucratique que pédagogique, ne répond pas aux besoins de formation de la jeunesse (…). Elle est de plus un affront à une profession qui se bat au quotidien pour la réussite des jeunes qui lui sont confiés. Je vous demande de renoncer à sa mise en place. »

Difficile de savoir combien de lettres de ce type sont arrivées au secrétariat de l’Elysee et combien de courriels similaires saturent l’adresse électronique de la présidence de la République. Le modèle de « carte pétition » à l’attention du François Hollande circule, depuis quelques jours, sur les réseaux sociaux.

L’initiative vient du SNES-FSU, syndicat majoritaire dans le second degré ; elle a été relayée par l’ensemble de l’intersyndicale – SNALC, Sud, FO, CGT Educ’action notamment –, toujours opposée à la mise en place, à la rentrée 2016, de ce « nouveau collège » promu par Najat Vallaud-Belkacem. « On a imprimé 260 000 cartes, confie Frédérique Rolet, du SNES-FSU. Les autres syndicats, je ne sais pas… Notre objectif : montrer au plus haut niveau de l’Etat qu’il n’y a pas de résignation des collègues à accepter une réforme dont ils ne veulent pas ! »

Après quatre journées de mobilisation relative (les 19 mai, 11 juin, 17 septembre et 10 octobre), c’est à une résistance locale – presque à une « guérilla » – que la quinzaine d’organisations syndicales opposées à la réforme du collège appellent aujourd’hui.

Lors d’une conférence de presse tenue ce jeudi 12 novembre, elles doivent annoncer une semaine d’action nationale du 23 au 27 novembre – « avec des rassemblements dans les académies, des réunions publiques, des AG, des distributions de tracts », promet Frédérique Rolet. « Une nouvelle journée de grève n’est pas exclue, ajoute la syndicaliste, mais après les élections régionales, au moment où tomberont les DHG [les dotations horaires globales dévolues aux établissements]. »

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« Une usine à gaz inapplicable »

Nouveau calendrier, nouveau cheval de bataille : après les enseignements pratiques interdisciplinaires – les fameux EPI – et les 20 % d’autonomie, c’est contre les huit journées de formation promises par le gouvernement aux 170 000 enseignants de collège que l’intersyndicale fait feu de tout bois, dénonçant une « opération de formatage ». Aux appels au boycott qui ont commencé à retentir avant les congés d’automne – quand des formations rémunérées ont été proposées aux enseignants volontaires –, ont succédé des appels au sabotage. « On peut refuser d’y participer mais aussi y prendre part collectivement en y exprimant notre refus de la réforme… ou en restant passif », explique la porte-parole du SNES-FSU.

Sur Twitter, où le mot-dièse #college2016 fait le lien entre les professeurs mobilisés, les critiques sont légion. Et l’ironie le dispute à l’indignation. « On me présente un EPI Lettres/SVT intitulé Madame Bovary mangeait-elle végétarien ?”. Je me suis remis à boire », a tweeté un enseignant scandalisé. « Parole de chef en réunion : #college2016 est une usine à gaz inapplicable. On va essayer de limiter la casse… », lâche, déconfit, un autre professeur.

« Plus de présents que d’inscrits » selon le ministère

Difficile de savoir si les appels au boycott sont suivis d’effets. Rue de Grenelle, on assure que non : toutes les sessions proposées durant la Toussaint (dans 17 académies sur 30) ont fait le plein, avec 6 200 enseignants volontaires pris en charge, « et parfois plus de présents que d’inscrits », assure-t-on au cabinet de la ministre. Son de cloche bien différent du côté de l’intersyndicale. « 10 % seulement des formations ont fonctionné correctement dans l’académie de Montpellier, soutient François Portzer, porte-parole du SNALC. A Lyon, c’est de l’ordre de 25 %. Et quand les formations ont lieu, c’est dans une ambiance tendue, avec des formateurs pris à partie, mis en difficulté… »

« les actions [de formation] ne sont pas à la hauteur des attentes et des enjeux »

C’est aussi ce qu’a confié au Monde un formateur de l’académie de Lyon, sous couvert d’anonymat : « La situation est extrêmement diverse d’une académie à l’autre, d’une formation à l’autre. On peut tomber sur un formateur ouvert au débat, et la formation se passera très bien… comme sur un inspecteur rigide, un enseignant de lycée qui n’a plus mis les pieds depuis quinze ans dans un collège, et là, ça n’aura aucun sens, explique-t-il. Mais soyons honnêtes : on forme à des EPI sans les avoir jamais testés sur des élèves ! Quelle est notre légitimité face à des collègues inquiets ? »

Force est de constater que les critiques sur la formation ont dépassé, et de loin, les opposants. Même le SGEN-CFDT, un syndicat favorable au « nouveau collège », a fait part de sa désillusion. « Nos collègues constatent sur le terrain que les actions menées en la matière ne sont pas à la hauteur des attentes et des enjeux, écrivait-il à la ministre de l’éducation, fin octobre. Dans trop d’académies, les plans de formation sont encore embryonnaires (…). Dans celles où ils ont été publiés, c’est une conception verticale, voire hiérarchique, de la formation qui a été privilégiée. » Et de conclure : « En bref, Madame la ministre, parce qu’on reste prisonnier de vieux schémas et de vieilles habitudes, on se donne toutes les chances de ne pas réussir la mise en œuvre d’une réforme pourtant essentielle au projet de refondation de l’école ».


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