Réforme du collège : le témoignage d’Hossayne

mardi 6 octobre 2015
par  LECOURTIER Sébastien

REFORME DU COLLEGE

Le témoignage d’Hossayne

Mon engagement contre la réforme du collège 2016 est celui de la révolte. Révolte contre un système éducatif que je vois déliquescent, révolte contre une énième réforme, qui partant d’une conception spécieuse de l’égalité, abaisse le niveau général. Révolte contre des politiques éducatives contre-productives, qui procèdent d’une éthique de conviction et non de responsabilité, parce qu’elles s’aveuglent à utiliser les mêmes recettes égalitaristes depuis 40 ans, pour les mêmes échecs.

Car il va sans dire que le système éducatif est à la base des réussites de demain. Réussite sociale, en permettant à l’individualité de trouver sa place dans la collectivité. Réussite économique, car le "capital humain" constitue la principale source de progrès dans l’économie mondialisée qui est aujourd’hui la nôtre. Enfin réussite politique, à travers la formation de ce qui sera un jour le corps politique français : l’école, en transmettant des savoirs et un héritage, nous situe dans la filiation de ceux qui nous ont précédés, tout en portant un regard critique à leur égard.

Mon parcours académique à cheval entre le Maroc et la France, m’a amené à fréquenter tout type d’établissement scolaire : des institutions privées catholiques aux écoles publiques, en passant par l’enseignement français au Maroc. Mes études supérieures se sont faites sur les bancs des classes préparatoires scientifiques, ceux de Télécom ParisTech, de Sciences Po et de l’université Paris 8. J’en tire une vue d’ensemble des institutions académiques françaises et une analyse assez fine de leur fonctionnement ou même dirais-je de leurs dysfonctionnements. Mais ce parcours est avant tout celui d’un élève, issu d’une famille aux moyens modestes, qui a pu bénéficier d’un collège lui offrant encore les moyens de sa réussite.

Mon histoire avec cette institution du collège est diverse et multiple. Une année dans un établissement privé catholique à Strasbourg, la suivante au lycée Descartes de Rabat, et les deux dernières dans un collège public à Strasbourg. Dans l’ensemble de ces établissements, il m’a été offert la possibilité de débuter puis de poursuivre mon apprentissage du latin et du grec. Ces enseignements étaient indispensables à l’approfondissement de ma compréhension de la langue et civilisation française, et constituaient un exercice de logique et d’analyse fastidieux, mais malgré tout profitables sur le long terme. A Strasbourg, j’ai eu l’opportunité de suivre l’option dite "trilingue", c’est-à-dire la possibilité de commencer une seconde langue étrangère dès la sixième. Ces choix étaient avant tout justifiés par mes capacités et appétences personnelles et la souplesse du collège m’avait permis de les exprimer.

Ainsi, malgré l’homogénéité relative du parcours, le collège était resté pour moi comme un lieu de choix, un lieu pour chaque élève de faire selon ses capacités, ses envies, ses ambitions et l’importance qu’il accorde à telle ou telle discipline. Musique, sports, langues anciennes, langues étrangères, chacun pouvait diversifier ou approfondir son curriculum en sus du socle commun. Cette diversité était indispensable pour répondre à la diversité des intelligences et des centres d’intérêts et permettre que le niveau médian de l’ensemble des élèves ne dicte pas à tout moment la conduite des cours. L’option était une forme d’engagement de la part de l’élève de faire plus, mais un moyen en échange de cet engagement, d’approfondir ses connaissances dans des classes de taille plus restreintes et d’être ainsi tiré vers le haut.

C’est donc cette diversité exigeante que je souhaite voir conservée au sein du collège, et que la réforme de Najat Vallaud Belkacem, en vertu d’une vision égalitariste fallacieuse, ou pour des raisons de rationalisation budgétaire, souhaite voir disparaître.

Pour rendre plus claires les raisons de mon opposition à la réforme, je souhaiterais poursuivre ma réflexion sur le système d’enseignement public français, en évoquant un phénomène symptomatique que j’ai retrouvé tout au long de mes études secondaires : celui de l’inversion des valeurs.

En effet, là où l’effort, le mérite et l’intelligence auraient dû faire l’objet de fierté, c’est le manque d’implication, la désinvolture et la contestation qui étaient vus comme méritoires auprès des élèves. Cette inversion des valeurs a plusieurs sources. Elle est sans doute liée à la perte de prestige du métier d’enseignant ainsi qu’à celle des savoirs traditionnels, dans un monde où l’instantanéité, le divertissement et la remise en cause de l’autorité font loi. Mais je crois qu’elle est aussi le fait d’une école qui prétend donner le même parcours et les mêmes des savoirs à tous, en postulant que tous les élèves ont le même type d’intelligence et les mêmes ambitions. Mais c’est alors de la frustration et du ressentiment que l’on engendre chez les collégiens qui décrochent, dans un système scolaire sans alternative pour ceux qui n’y réussissent pas. C’est donc par l’inversion des valeurs que ces élèves regagnent en estime de soi ce qu’ils perdent de fierté à cause de leurs résultats.

J’en déduis que la réflexion publique sur le système scolaire français souffre d’une double méprise. La première découlant de la seconde.

La première est celle de croire que l’accès pour tous à la scolarité et aux études signifie que tous doivent suivre la même filière : de la nécessaire égalité des droits, l’on conclut à la nécessaire uniformité des parcours, avec comme postulat l’uniformité des aptitudes. En filigrane, on peut déceler, dans cette assertion, une certaine hiérarchisation des formes d’intelligence, une vision dans laquelle seules les études théoriques et classiques seraient dignes d’être menées. De fait, cela entraîne une stigmatisation des filières non classiques plus en aval dans la scolarité et une "assignation à résidence" des étudiants : la réversibilité ou le changement de parcours apparaissent comme inenvisageables ou incohérents, dès lors que l’on a opté pour une voie. Ainsi, l’idéal d’égalité à l’école serait synonyme peu ou prou de la similitude des curricula jusqu’au baccalauréat.

Cette conclusion erronée conduit à la seconde méprise, celle qui est faite lorsque l’on cherche à établir les causes de l’échec scolaire croissant que l’on observe en France depuis des décennies. Et c’est là que le bât blesse : ce n’est point le trop d’uniformité que nos politiques veulent remettre en cause mais bien le manque d’homogénéité dans les parcours des élèves…

Comprendre les politiques publiques menées devient alors aisé. Elles se caractérisent par latraque de tout ce qui peut s’apparenter de près ou de loin à des reliquats de sélection ou d’hétérogénéité : les sections européennes, les classes bilangues ou les options de grec et de latin, comme dans la réforme actuelle, en sont un exemple. Elles se caractérisent également par l’abaissement des exigences en termes de savoirs fondamentaux : tandis que la diminution des performances est attestée par toutes les études nationales et internationales, le taux de réussite au bac, lui, ne cesse d’augmenter. Cela peut même aller jusqu’à la suppression des indicateurs de performance comme la notation. Enfin, elles se rejoignent dans la remise en cause des contenus et des méthodes d’enseignement : si l’échec scolaire est grandissant, c’est que ces derniers sont désuets. Les EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) ou la refonte des programmes d’histoire proposés par la réforme sont symptomatiques de ce nouveau pédagogisme de l’Éducation Nationale.

Pour quelles conséquences finales ? Ce sont les familles les plus informées et les plus favorisées qui vont pouvoir se maintenir à flot parce qu’elles maîtrisent les codes et les ficelles d’un système en apparence uniforme, parce qu’elles peuvent recourir plus facilement au système privé et qu’elles seront toujours à même de promouvoir leur progéniture. Les inégalités, contre lesquelles on cherche à lutter, n’ont cesse dès lors de s’aggraver.

J’en conclus qu’une juste réforme qui se veut efficace, doit reconnaître la diversité des formes d’intelligence sans les hiérarchiser, qu’elle doit mettre en œuvre des curricula différenciés dès le collège avec des passerelles entre les différentes voies, sans pour autant renoncer à un socle commun de connaissances. Je crois enfin qu’elle doit mettre l’accent sur les savoirs fondamentaux tout en redonnant leur prestige et leur autorité au corps professoral. A un curriculum unique sans cesse plus uniforme, générateur de médiocrité, et qui est parfois l’objet de basses considérations budgétaires, doivent se substituer la souplesse et l’hétérogénéité de parcours divers et exigeants.

Contact : Maxime REPPERT, membre du Bureau national

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mardi 23 mai 2017

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