SAISON 1, épisode 2 « Rentrée des PIAL : LE FIASCO »

mardi 21 janvier 2020
par  Sébastien LECOURTIER

SAISON 1, épisode 2 « Rentrée des PIAL : LE FIASCO »
Luce MARTIN,
secteur AESH,
aesh-avs@snalc.fr
Le 21 janvier 2020


Pour rappel, le fonctionnement théorique des PIAL a déjà fait l’objet d’un premier article intitulé « PIAL : AIE, AIE, AIE » dans notre dernière lettre électronique. Poursuivons et dressons le bilan des premiers mois de la rentrée 2019.

Le Gouvernement, via le « 2ème Comité National de l’École Inclusive » du 4 novembre dernier, vient de publier le SIEN...
Qu’en dire ?... Tout va bien ! Les chiffres sont bons !
Pas un mot sur la mise en place des PIAL sur le terrain.
Mais rassurez-vous, le SNALC va se charger du bilan pratique de cette grande nouveauté 2019.

LE BILAN DU GOUVERNEMENT
Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles



Des effets d’annonce, encore et toujours…

Revenons-en aux écrits du gouvernement dans ce rapport (pages 9 à 13).

« Le PIAL est une nouvelle forme d’organisation de l’accompagnement des élèves en situation de handicap : jusqu’alors les élèves ayant besoin d’un adulte pour les accompagner dans leur scolarité, attendaient que la personne soit recrutée : désormais les accompagnants sont recrutés au sein du pôle inclusif et apportent leur aide à l’élève dès son arrivée dans l’école ou l’établissement. C’est à la fois un renversement logique et un défi organisationnel qui ont été décidés et mis en œuvre.  »

Belle prouesse de communication mais qui ne change rien à la réalité.

Peu importe qui attend l’autre, s’il manque toujours autant d’AESH.
Et depuis 2016, c’est toujours environ 8 à 10 000 enfants qui se retrouvent sans accompagnant le jour de la rentrée.

« La généralisation des PIAL sera progressive jusqu’en 2022 afin de couvrir l’ensemble des écoles et des établissements scolaires du territoire. »

Leur généralisation est imposée puisque le bilan des expérimentations de 2018, initialement prévu en janvier 2019 a tout simplement été annulé à la dernière minute.
Souhaitons que le gouvernement tienne compte d’une des nombreuses propositions pertinentes faites par M. Jumel dans son rapport sur l’École Inclusive : une évaluation annuelle des PIAL pendant 3 ans consécutifs.

Quelques chiffres

Ainsi, au niveau national, on apprend que, sont intégrés à un PIAL :

➢ 39 % des écoles (20992)
➢ 48 % des collèges (4721)
➢ 37 % des lycées (1521)

Les PIAL renforcés par les équipes mobiles médico-sociales

Ils sont expérimentés dans toutes les académies.
« 117 alors que la cible était fixée à 30 pour cette année »

Mais leur déploiement sur le territoire est hétérogène (2 par exemple en Bourgogne Franche Comté et 13 en Occitanie).

« Ces 65 équipes mobiles viennent en appui des enseignants au sein des écoles et établissements scolaires. »
« Elles sont par exemple amenées à accompagner les professionnels de l’éducation nationale, à proposer des aménagements dans la classe au regard des besoins spécifiques de l’élève ou encore à intervenir directement auprès de l’élève en situation complexe, ou en situation de crise. »

Cette nouvelle catégorie de PIAL peut solliciter une des 65 équipes mobiles médico-sociales (psychologue, orthophoniste, ergothérapeute et psychomotricien) déployées sur le territoire.
Elles ont été créées et mises en place également à la rentrée par l’ARS (Agence Régionale de la Santé).
À ce jour, il est très difficile d’obtenir des informations sur le démarrage de cette nouvelle expérimentation.
Une seule certitude que le SNALC peut avancer : la communication interministérielle est très compliquée. Le Ministère de la Santé, ne fonctionne et ne paye que sur prescription médicale. Or, les principaux demandeurs des équipes mobiles sont, pour l’instant, les enseignants.

« Ces expérimentations seront étendues en 2020 après une phase de bilan prévue en début 2020 »

Le SNALC veillera à ce que la phase de bilan ait bien lieu et à ce que ces expérimentations ne soient pas une fois de plus imposées à la dernière minute, avant et pendant l’été.

LE BILAN DU SNALC
Les PIALS, c’est la Bérézina

De nombreux chefs d’établissement ont appris en juin ou juillet, qu’ils intégraient un dispositif PIAL. Ils en ont donc découvert le fonctionnement avec les AESH en septembre.
Dès lors, entre l’ébullition inévitable des premiers jours de rentrée et la mise en place à la dernière minute des PIAL, la rentrée ne pouvait être qu’un fiasco.

Avant la rentrée

Le coordonnateur du PIAL doit définir, entre autres, les besoins d’AESH pour l’année à venir. Encore faut-il qu’il y ait un enseignant ou un directeur d’école qui accepte de remplir volontairement cette mission. Parfois même, c’est l’AESH référent nouvellement nommée qui reprend les missions du coordonnateur.
De plus, l’appellation « coordonnateur du PIAL » est également confondue avec celle de « coordonnateur académique des PIAL », poste également créé à la rentrée.

Les AESH PIAL sont soit disant recrutés par anticipation : ce n’est pas le cas. Comme chaque année, de très nombreux parents en attente d’AESH l’ont clairement fait savoir à la rentrée.

Plusieurs référents AESH PIAL ont été nommés par certains DASEN mais ce n’est pas une obligation. Et chaque académie, définit ce nouveau poste à sa guise.
Ainsi, certains sont nommés à cette fonction à temps complet, d’autres à temps incomplet, certains continuent d’accompagner des élèves, et d’autres plus du tout.

35 % de temps complets, grâce au dispositif PIAL, ont été annoncés par le gouvernement. Mais il n’en est rien : encore et toujours seulement 7 % des AESH ont droit à cette quotité.

Au moment de la rentrée

Les familles des élèves doivent être reçues par le directeur ou chef d’établissement et être présentées à l’enseignant, au professeur principal et l’AESH PIAL. Très peu l’ont été soit par manque de temps soit tout simplement par méconnaissance.

Un numéro d’écoute a été créé et dédié aux familles : il a été pris d’assaut pour signaler tous les enfants en attente de leur accompagnant le jour de la rentrée....

La nouvelle circulaire « Cadre de gestion des personnels exerçant des missions d’accompagnement d’élèves en situation de handicap (AESH) » du 5 juin 2019 n’est pas appliquée, ni par les rectorats, ni par les chefs d’établissement du PIAL : il en résulte une situation ubuesque et inédite. Certains AESH PIAL reprennent leur travail sans contrat ou avec un contrat erroné, d’autres ne sont pas du tout payés, et certains partiellement au bout de 2 mois parfois ….

Le livret inclusif qui devait être remis aux AESH, pour l’instant est inexistant.

À la fin du premier trimestre

Un des objectifs annoncés du PIAL est d’améliorer les conditions de travail des AESH et de les professionnaliser.

Au bout de trois mois, une dégradation des conditions de travail est constatée : emploi du temps à trous, changement à la dernière minute sans tenir compte des contraintes personnelles, plage horaire étendue, empêchant la recherche d’un deuxième emploi.
Les conditions de remboursement des frais de déplacement au sein du PIAL pour se rendre d’un établissement à l’autre, ne sont pas claires.
La nette augmentation des accompagnements mutualisés au sein du PIAL amène à un épuisement mental et émotionnel des accompagnants : ils peuvent suivre jusqu’à 10 enfants (plusieurs dans une même classe).
Se rajoute aussi une frustration bien légitime : accompagner 2 ou 3 heures par semaine un élève, ne permet pas un accompagnement optimal. D’autant plus que dans certains PIAL, un élève peut ne plus avoir d’AESH attitré mais plusieurs dans la même semaine. Ce « saupoudrage » est inadmissible pour tous.
Enfin, pour des raisons budgétaires non avouées, lorsque un nouvel élève arrive dans le PIAL, aucun moyen supplémentaire n’est accordé : les heures attribuées aux élèves déjà notifiés sont tout simplement diminuées et les AESH doivent modifier leur emploi du temps en cours d’année.

Concernant la formation, rien de neuf sous le soleil.

Mises à part les 60 heures obligatoires pour tous les AESH PIAL au cours de la première année, (présentées comme une nouveauté alors qu’elles sont mises en place depuis 2005), rien de plus n’est prévu pour les AESH PIAL à partir de la deuxième année et au-delà.

La nouvelle plateforme « Cap École Inclusive » est accessible aux AESH, mais peu fonctionnelle et donc peu utilisée.

En ce début d’année 2020, le bilan du démarrage des PIAL n’est pas bon du tout.

De nombreuses académies mettent en place dès maintenant, des groupes de travail afin, nous l’espérons que les AESH PIAL n’aient plus jamais à revivre une rentrée aussi catastrophique.

Rappelons encore une fois que l’objectif gouvernemental est « la généralisation progressive des PIAL jusque en 2022 afin de couvrir l’ensemble des écoles et des établissements scolaires du territoire ».
Il va donc falloir suivre de très près les mesures qui vont être décidées début 2020.

L’épisode 3, « le Printemps des PIAL » devrait pouvoir être disponible courant mai...


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