LES AESH, LES GRANDS OUBLIÉS DU COMITÉ DE SUIVI DE L’ÉCOLE INCLUSIVE !

mardi 21 janvier 2020
par  Sébastien LECOURTIER

LES AESH, LES GRANDS OUBLIÉS DU COMITÉ DE SUIVI DE L’ÉCOLE INCLUSIVE !

Sylvie MORANTE CAZAUX,
secteur AESH,
aesh-avs@snalc.fr
Le 21 janvier 2020

Comme le SNALC vous l’annonçait dans son article « PIAL, aïe, aïe, aïe ! » , un comité national de suivi du dispositif « École inclusive » a été mis en place. Il a pour ambition d’accompagner les évolutions et le pilotage du déploiement de l’École Inclusive dans le cadre de la mise en place de la loi pour une École de la confiance.

À la lecture du document de restitution du ministère, on ne peut être qu’admiration et joie : les objectifs fixés sont largement dépassés et tout va pour le mieux.
Pourtant, lorsque le SNALC écoute les AESH, tout n’est pas rose, et même loin de là !
Décryptage…

La séance du comité de suivi du 4 novembre avait pour objectif affiché de dresser le bilan de la

Le préambule du document rappelle qu’un des objectifs de la loi, outre la transformation de l’organisation de l’accompagnement des élèves en situation de handicap, est d’améliorer les conditions de recrutement, de formation et de travail de leurs accompagnants.
Plusieurs leviers permettent, d’après le comité de suivi, d’atteindre cet objectif…

I. LES PIAL

Une première évaluation des PIAL est faite dans ce document.
Et là, c’est la douche froide : les difficultés que toutes les organisations syndicales s’emploient à faire remonter au Ministère depuis le mois de juin sont complètement passées sous silence.
On frôle même la publicité mensongère !
Les trois objectifs des PIAL sont rappelés et force est de constater qu’on est bien loin du résultat attendu !

1er objectif du PIAL
Un accompagnement humain défini au plus près des besoins quotidiens de chaque élève en situation de handicap afin de développer son autonomie et de lui permettre d’acquérir les connaissances et les compétences attendues.
D’après le comité, « Les PIAL permettent une meilleure coordination des accompagnants par l’éducation nationale, par exemple l’adaptation du planning de l’accompagnant en fonction de l’emploi du temps de l’élève. »

Ce que le SNALC dénonce :
Dans les faits, les AESH se retrouvent souvent en collège et en lycée avec des heures vides dans leur emploi du temps, parfois même de plusieurs heures. Et quand on connaît les salaires on se doute bien qu’il n’est pas possible de faire un aller-retour au domicile supplémentaire dans la journée !
Quant aux AESH qui ont un autre emploi, les changements incessants d’emploi du temps liés au PIAL perturbent voire mettent en danger leur second emploi et donc leurs revenus, ce qui est inacceptable !
Pour ce qui est de l’accompagnement « humain », nous restons dubitatifs, à savoir que dans certains PIAL, l’AESH peut accompagner jusqu’à une dizaine d’enfants (plusieurs dans la même classe). Cela revient à « saupoudrer » les heures d’accompagnement tout en épuisant émotionnellement l’AESH…

2ème objectif du PIAL
Une plus grande réactivité dans l’affectation des accompagnants.
Pour le comité, « le PIAL est une nouvelle forme d’organisation de l’accompagnement des élèves en situation de handicap : jusqu’alors les élèves ayant besoin d’un adulte pour les accompagner dans leur scolarité attendaient que la personne soit recrutée ; désormais les accompagnants sont recrutés au sein du pôle inclusif et apportent leur aide à l’élève dès son arrivée dans l’école ou l’établissement. C’est à la fois un renversement de logique et un défi organisationnel qui ont été décidés et mis en œuvre. »

Ce que le SNALC dénonce :
Certes, les AESH sont recrutés dans le PIAL, mais comme aucune marge de manœuvre n’a été prévue au niveau des effectifs, lorsqu’un nouvel élève arrive, son accompagnement se fait au détriment des autres élèves du PIAL et, des emplois du temps et du travail mis en place par les AESH concernés.

3ème objectif du PIAL
Une professionnalisation des accompagnants et une amélioration de leurs conditions de travail.

Ce que le SNALC dénonce :
La professionnalisation passe par la reconnaissance, la rémunération et la formation. Ce qu’on nous avait promis ne nous suffisait pas, ce qu’on a au final n’est que saupoudrage :

✔︎ On nous avait promis des contrats stables, on a eu deux CDD de 3 ans.
✔︎ On nous avait promis des augmentations du temps de travail et des salaires grâce au PIAL, on a eu des rectorats qui baissent la quotité de travail des AESH pour ne pas avoir à augmenter leurs salaires.
✔︎ On nous avait promis une intégration aux équipes pédagogiques, on a eu beaucoup d’AESH qui n’ont pas été invités aux réunions de rentrée, ni présentés aux équipes de l’établissement.
✔︎ On nous avait promis la reconnaissance du travail invisible des AESH (préparations, réunions…), on a eu des employeurs qui veulent imposer aux AESH de rester sur l’établissement ou d’accompagner des élèves sur ce temps-là.
✔︎ On nous avait promis des formations, on a eu des formations hors temps scolaire, voire pas de formation du tout.

Malgré tous ces dysfonctionnements, la généralisation progressive des PIAL est maintenue. Elle se fera progressivement jusqu’en 2022 afin de couvrir l’ensemble des écoles et des établissements scolaires du territoire puisqu’aux yeux du comité de suivi, tout va bien dans les PIAL…

Ce que le SNALC demande :
Nous exigeons que l’amélioration des conditions de travail des AESH dans les PIAL soit une réalité et non de jolies phrases dans un rapport.
Les effets d’annonce doivent être suivis d’actes concrets pour garantir à tous les AESH ce qui leur a été promis ; les rectorats doivent suivre les demandes du ministère et non les contourner dans l’unique but de faire des économies sur le dos de personnels encore précaires et sous-payés !

II.DES ACCOMPAGNANTS MIEUX FORMES, MIEUX RECRUTES ET MIEUX INTEGRES

Une demi-page (sur les 20 pages du rapport) est consacrée à ce sujet.
Là encore, les « améliorations » amenées pour les AESH sont soulignées par le comité de suivi :

➢ Mise en place d’un service dédié à la gestion des AESH dans chaque département.
➢ Accueil lors de l’affectation par le directeur d’école ou le chef d’établissement.
➢ Vrai statut pérenne et reconnu : contrat à durée déterminée (CDD) de 3 ans minimum renouvelable une fois, puis contrat à durée indéterminée (CDI).
➢ Entretien avec les familles sous l’autorité de l’enseignant pour lui permettre d’avoir connaissance des besoins de l’élève en lien avec ses missions.
➢ Mise en place d’un groupe de travail pour simplifier et étendre les possibilités de recrutement conjoint, par exemple entre l’éducation nationale et la commune. Ses travaux seront présentés dans le courant de l’année scolaire.
➢ Les AESH les plus expérimentés et compétents peuvent accéder à des fonctions supérieures en qualité de référent et guider à leur tour les accompagnants débutants dans leur prise de fonction.

Ce que le SNALC dénonce :
✔︎ Les services dédiés n’ont pas empêché que la circulaire « Cadre de gestion des personnels AESH » soit mal appliquée dans les territoires, au détriment des AESH. Le SNALC alertait d’ailleurs déjà sur ce risque dès la rentrée.
✔︎ L’accueil dans les établissements n’est qu’insuffisamment accompagné de la présentation aux équipes de l’établissement.
✔︎ Il est inadmissible de devoir attendre 6 ans pour accéder à un CDI, d’autant plus lorsqu’on a exercé en tant qu’AVS auparavant. D’après le rapport, 83,68 % des accompagnants bénéficient d’un contrat de 3 ans, soit 75312 AESH sur les 90000 qui accompagnent des élèves !

Cette année, seulement 910 « équivalents temps plein » accéderont au CDI, alors que certaines académies ont proposé à la rentrée des postes d’AESH en service civique... La professionnalisation n’est pas tout à fait au rendez-vous !
Si 4500 emplois d’AESH ont été créés cette année et 29 000 anciens contrats aidés (CUI-AVS) ont été transformés en contrat AESH, cela ne règle pas les problèmes de contrats en CDD ni les salaires trop bas.
En effet, une majorité des AESH ont une quotité horaire d’environ 60% ce qui entraîne des salaires très bas !
Certes, la progression des moyens humains sera de 7,2 % cette année mais les conditions resteront toujours difficiles…

✔︎ Les entretiens avec les familles n’ont concerné pour l’instant qu’une minorité d’AESH alors que ce volet est primordial pour une prise en charge efficace des enfants.

Le document précise d’ailleurs que seuls 18000 rencontres avec les familles ont eu lieu. Ce chiffre est à mettre en regard avec les 90000 AESH annoncées. Au mieux, 20% des AESH auront bénéficié de ce dispositif, mais lorsqu’on sait que nombre d’AESH suivent plus d’un élève, on peut facilement imaginer des chiffres qui tombent autour de 10%... Un bien piètre résultat pour une mesure phare de l’École inclusive…

✔︎ Le SNALC milite pour la possibilité pour les AESH de travailler à temps complet.
Nous serons attentifs à la réelle simplification de la mise en place effective de ce dispositif de double-employeur. En effet, les élèves avec des notifications MDPH pour le temps péri-scolaire sont très rares. Rares seront donc les AESH qui pourront accéder à ces emplois. Là encore, le SNALC craint un effet d’annonce.

✔︎ Le rôle d’AESH référent est présenté ici sous son meilleur jour, mais dans la réalité, ces référents qui ont la chance d’accéder à des « fonctions supérieures » ne sont pas mieux payés et leurs heures de décharge ne suffisent pas, la plupart du temps, à couvrir les tâches qui leur incombent !
Le SNALC demande la création d’une indemnité « AESH Référent » d’au moins 1200 euros bruts par an.

III.POURSUIVRE LA TRANSFORMATION POUR ANTICIPER LA RENTREE SCOLAIRE 2020

Le dernier point du rapport est consacré aux axes d’amélioration qui seront travaillés pour la prochaine rentrée.
Comme nous avons pu le voir précédemment, il y a du travail concernant les AESH.
Mais…sur les deux pages de conclusion, 9 lignes seulement peuvent concerner les AESH :
➢ Il y aura un bilan (un de plus) de l’utilisation de la plate-forme « Cap école inclusive » qui met à disposition de tous les personnels depuis la rentrée scolaire 2019 des ressources pédagogiques immédiatement mobilisables en classe.
➢ Un groupe de travail piloté par le secrétariat d’État aux Personnes handicapées a pour mission de simplifier et d’étendre les possibilités de recrutement conjoint et de permettre aux élèves concernés de bénéficier d’un accompagnement continu en temps scolaire et hors temps scolaire.
➢ Le « livret parcours inclusif » sera relié à une application pour améliorer son utilisation. Nous noterons que cet outil n’est quasiment pas utilisé : il serait bon de le présenter aux AESH avant toute chose !

Par ailleurs, lorsqu’on observe la composition du comité de suivi (55 personnes tout de même !), les AESH sont complètement absents. Il n’y a ni association, ni représentant du personnel. Personne n’est là pour porter la voix de ces professionnels qui sont les témoins et les acteurs privilégiés sur le terrain de la mise en place de l’École inclusive ! Pourtant leur expertise est précieuse. Sont-ils absents par oubli ? Par volonté de cacher les défaillances ? Par mépris ? Laissons au gouvernement le bénéfice du doute...

Mais dans tous les cas, la conclusion est sans appel, les AESH sont les grands oubliés du comité de suivi de l’École inclusive. Les ignorer est pourtant bien risqué car ils sont la pierre angulaire de tout le système de scolarisation des enfants en situation de handicap.
Le SNALC ne se contentera pas d’annonces de vitrine. Il ne vous oublie pas et continue d’agir pour obtenir des changements de fond et que vos conditions de travail, vos contrats et votre rémunération progressent toujours…dans le bon sens !


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