CSE du 19 décembre 2019 : Déclaration du SNALC

samedi 21 décembre 2019
par  Sébastien LECOURTIER

Conseil Supérieur de l’Éducation du 19 décembre 2019

Déclaration du SNALC

Monsieur le Ministre,
Mesdames et messieurs les membres du CSE,

Quelle école voulons-nous ? Quel futur voulons-nous ?

Lorsque vous prîtes vos fonctions rue de Grenelle, vous fîtes le souhait d’une école tournée vers les savoirs fondamentaux. La simple évocation des savoirs laissa espérer au SNALC que l’ère du tout compétences et du tout constructivisme venait de toucher à sa fin, et que la liberté pédagogique de chacun allait pouvoir s’exprimer pleinement. Et les aménagements des programmes de français, mathématiques et EMC du collège augurèrent de bonnes choses. Nous eussions aimé que vous fussiez plus hardi et que vous allassiez plus loin en revenant totalement sur la réforme du collège, mais nous votâmes néanmoins pour son adaptation.

Puis vint le temps de réformer le lycée, qu’il fût général, technologique ou professionnel. Intéressé et plutôt convaincu que le modèle Chatel brillait par son imperfection, le SNALC était loin de voir la chose d’un mauvais œil. Il fut également question que le ministère reprît la main sur la formation des enseignants. Là encore, face aux dérives rapportées chaque année par notre enquête « stagiaires », le SNALC ne vit trop rien à redire.
Mais sur tous ces sujets, aujourd’hui, le SNALC ne peut qu’être en désaccord avec vous.

Le lycée général et technologique qui se profile est Orwellien. Les élèves ont le choix, mais certains ont plus le choix que d’autres. Certains programmes – pas tous, fort heureusement, et le SNALC en soutint certains – sont si denses qu’ils confinent à l’impossible ou à un saupoudrage insupportable pour des professionnels consciencieux. Et face à ces programmes, on voit apparaître des E3C et certaines grilles d’évaluation sans doute élaborés par des licornes ou des fées. Rendez-vous compte, en langue vivante, le niveau A2, pourtant visé en cinquième et évalué en troisième, permet d’atteindre voire de dépasser la moyenne. Un tel décalage entre l’exigence du programme et l’indigence de l’évaluation a de quoi mener à la schizophrénie. Mais la folie ne s’arrête pas là ; elle l’est aussi dans le passage de trois à deux spécialités entre la première et la terminale, casse-tête pour les élèves, pour les équipes qui devront aider au choix dans des dotations horaires insuffisantes et pour les collègues du supérieur qui devront faire moult remédiations.

Quant au lycée professionnel, il donne l’impression d’une usine qui peinera à produire un quelconque gaz. Les enseignements généraux deviennent volatiles, perdant des heures et devenant des outils dans une co-intervention non consentie ou dans un chef d’œuvre qui fait beaucoup de bruit pour pas grand- chose.

Et que ce soit en GT ou en professionnel, dans le premier degré, au collège, il y a une perte de sens. Tout n’est plus que projet, numérique, parcours, engagement et compétences, voire blocs de compétences. Et le livret du baccalauréat est à l’avenant, qui demande aux enseignants non seulement de positionner les élèves dans des compétences parfois absconses et dont les jurys n’ont cure, mais aussi de se prononcer sur des savoir-être, voire des savoir-devenir.

Oui, il faut redonner du sens au métier de professeur. Et ce sens ne peut être celui indiqué par le concours à venir où, pour donner de l’importance au disciplinaire (les fameux savoirs !), on ne l’évalue vraiment qu’à travers une seule épreuve qui comptera à peine pour 15 à 20% de la note finale.

Ce n’est d’ailleurs pas en changeant les règles du jeu de la retraite des professeurs que l’on va les aider dans la quête de ce sens. Et ce n’est pas en les assurant qu’ils ne perdront rien en passant d’un calcul sur les six derniers mois à un calcul sur l’ensemble d’une carrière bien mal payée que l’on va leur donner confiance.

Pour redonner du sens à notre métier, il faut que nous ayons la certitude qu’un baccalauréat a la même valeur partout. Il faut que les professeurs se sentent respectés et exercent dans de meilleures conditions de travail. La considération doit être tangible dans le salaire qui leur est octroyé et dans la retraite qu’ils auront méritée. Mais ils doivent aussi être respectés en tant que professionnels, sans avoir à se conformer à des incantations pédagogiques contenues jusque dans les programmes.

Le SNALC veut une école qui élève au sens noble du terme. Une école qui permet aux futures générations de faire mieux que leurs aînés. Une école qui forme des esprits capables de lire le début de la déclaration du SNALC sans se demander dans quelle langue elle est écrite. Mais pour cela, il faut des professeurs formés et respectés, dans des structures mieux pensées et avec des programmes qui ont du sens.

Pour l’heure, le compte n’y est pas et le SNALC ne peut que vous mettre en garde, Monsieur le Ministre, contre les choix opérés. N’y voyez ni malice, ni calcul. Songez seulement qu’un bon syndicat n’est pas celui qui vous applaudit dans l’erreur, mais celui qui sait vous dire quand vous vous trompez.

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