LA FACE CACHÉE DE L’ÉCOLE « INCLUSIVE »

vendredi 13 décembre 2019
par  Sébastien LECOURTIER

LA FACE CACHÉE DE L’ÉCOLE « INCLUSIVE »

Enseigner en école primaire nuit gravement à la santé

© iStock - greg801

Article paru dans la Quinzaine universitaire n°1435,
Par François BLONDEL, secrétaire académique SNALC Strasbourg
11 décembre 2019

Le SNALC de Strasbourg a procédé à une enquête sur l’inclusion dans le primaire. Nous souhaitions entendre la voix des professeurs des écoles, c’est un cri d’alarme et un appel au secours qui nous sont parvenus, tant le malaise s’avère profond.

Près de 90% des professeurs des écoles (PE) indiquent ne pas disposer de matériel adapté pour l’accueil des élèves à besoins particuliers(EBP) tandis que 90% ne se considèrent pas bien formés. Le manque d’informations est également souligné par 54% des professeurs des écoles qui affirment ne pas disposer de suffisamment d’éléments médicaux pour mettre en place des actions de remédiation. L’insuffisance de l’accompagnement humain est mise en exergue, et le manque d’AESH, souligné.
Il en résulte que 50% des PE estiment que les EBP monopolisent quotidiennement leur attention au détriment des autres élèves.

Le prix humain à payer de cette carence de l’institution en matière de moyens matériels, de formation et d’encadrement est particulièrement élevé. Ainsi 23% des PE déclarent faire face quotidiennement à des situations déstabilisantes pour eux-mêmes ou les autres élèves, en lien avec la gestion des EBP et 33% considèrent que cela arrive souvent.

Cela se manifeste en priorité par des prises de parole continues et non maîtrisées (73%), des crises incontrôlables (68%), des violences physiques (49,6%), de la violence verbale (41,2%) ou de l’auto-maltraitance (21%).

Plus grave, 31% des PE affirment avoir été victimes de violences physiques et 55% de violences verbales.

L’augmentation de la charge de travail est également considérée comme étant très importante pour 31,7% des PE et significative pour 59% d’entre eux.

Il en résulte que la gestion des inclusions occasionne du stress pour plus de 76% des PE et de l’angoisse pour plus de 38%. Fait alarmant, 45% des PE considèrent que cela a des conséquences sur leur état de santé. Reviennent de manière récurrente des symptômes de grande fatigue et d’épuisement (50% des réponses), des insomnies et autres troubles du sommeil (23% des réponses) ainsi que de l’irritabilité, un sentiment d’abandon ou une mauvaise estime de soi.

A qui confier cependant ces difficultés lorsque plus de 36% des PE affirment ne jamais être soutenus par leur hiérarchie ?

Pourtant les PE, premiers acteurs de l’inclusion sur le terrain ne baissent pas les bras et suggèrent des propositions pour la rendre pédagogiquement pertinente et viable humainement : la baisse des effectifs, davantage de places dans les institutions spécialisées, un nombre accru d’AESH et une meilleure formation sont des solution plébiscitées par l’immense majorité des PE.

A l’aune des résultats de cette enquête et des remontées récurrentes des personnels de terrain, le SNALC ne peut manquer de considérer globalement la politique actuelle d’inclusion comme un échec, car basée principalement sur des considérations d’ordre budgétaire. Échec pour les premiers intéressés, noyés dans des classes en sureffectif peu propices à leur progression. Échec pour les autres élèves dont les apprentissages sont souvent perturbés. Enfin sentiment d’échec pour des enseignants mal formés, peu soutenus par leur hiérarchie, isolés et épuisés sur les épaules desquels est placée l’entière responsabilité de l’inclusion.

Le SNALC alerte l’institution sur les risques psycho-sociaux graves engendrés par la gestion de l’inclusion et fait le lien avec le triplement du nombre de démissions constaté ces dernières années dans l’enseignement primaire.

Le SNALC demande une véritable formation pour les enseignants ainsi qu’un accompagnement humain de qualité et en nombre suffisant afin de les soulager dans leur tâche d’accueil quotidien des EBP. Il s’oppose à la fermeture programmée des instituts spécialisés susceptibles de prendre en charge les cas les plus lourds. Il milite aussi pour que les AESH aient la place qui leur revient dans la communauté éducative avec un statut qui mette fin à la précarité et un salaire digne de ce nom qui permette de subvenir à leurs besoins.


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