LOI BLANQUER : LA CONFIANCE RÈGNE

mercredi 21 novembre 2018
par  Sébastien LECOURTIER

LOI BLANQUER :

LA CONFIANCE RÈGNE

Par Jean-Rémi GIRARD, président du SNALC
Article paru dans la Quinzaine universitaire n°1422
Alors qu’il avait dit qu’il ne ferait pas de loi, le ministre a fait une loi. L’abaissement de l’âge de la scolarité obligatoire à 3 ans a servi de prétexte à introduire de très nombreuses modifications dans le code de l’éducation. Le SNALC vous détaille les principaux articles du projet, qui doit être voté sous peu.

QUELQUES LIGNES DE BLABLA (article 1)

Comme tout bon ministre, Jean-Michel BLANQUER laisse sa trace dans le code. Ici, il s’agit d’inscrire le mot « confiance » : voilà, c’est fait. Le SNALC a demandé que le texte soit modifié, car ce dernier instaure une obligation d’« engagement » pour les personnels, ce qui n’a strictement aucun sens. La loi est une chose sérieuse : on ne devrait pas y graver de la communication politique.

LA MATERNELLE OBLIGATOIRE (articles 2 à 4)

C’est la modification mise en avant. Suite aux assises de la maternelle, la scolarité obligatoire va désormais commencer à 3 ans, ce qui sanctuarise l’école maternelle. Le SNALC et son partenaire le SNE ont soutenu cette démarche depuis le début.

LES EPLEI (article 6)

On étend une expérimentation d’établissement international « du primaire au lycée ». Le SNALC a demandé le retrait de cet article : ces établissements fonctionnent de manière anti-républicaine, et aggravent la ségrégation sociale. On est quasiment sur un modèle « privé hors-contrat », ici.

UN RECTORAT POUR MAYOTTE (article 7)

La création du rectorat de Mayotte était attendue. Elle ne suffira toutefois pas à régler les très nombreux problèmes qu’on y connaît, mais c’est un premier pas.

ENCORE + D’EXPÉRIMENTATIONS (article 8)

On étend le champ des expérimentations aux horaires d’enseigne¬ment, au numérique et aux procédures d’orientation. Le SNALC constate une fois de plus que le discours du ministre est en complète contradiction avec les mesures qu’il prend. À l’arrivée, + de délires pédagogiques, + de pseudo-orientation choisie et + de grands plans numériques imposés aux collègues.

LA FIN DU CNESCO (article 9) ?

Le CNESCO (organe d’évaluation pseudo indépendant et pseudo scientifique) est remplacé par un nouveau conseil d’évaluation, qui n’essaie pas de paraître indépendant. Ce dernier serait chargé d’évaluer les établissements de façon globale et régulière : ça va être n’importe quoi.

LA FIN DES ESPE (articles 10 à 12) ?

Les ESPE sont remplacées par les INSPE. À part changer les logos et la plaque, cela va entraîner un cadrage des attendus de formation par le ministère et, on l’espère, une reprise en main de la
formation initiale pour éviter les délires que nous connaissons aujourd’hui. Rien n’est cependant garanti : les textes règlementaires sont actuellement en discussion, et le débat est très, très animé.

LES CPE ET LES PSY-EN TOUJOURS DÉROGATOIRES (article 15)

Contrairement aux messages d’apocalypse véhiculés par certaines organisations, les CPE et les Psy-EN continueront bien de bénéficier d’un régime dérogatoire au régime général, comme c’est le cas pour les professeurs. Le SNALC s’en félicite.

SILENCE, ON FUSIONNE (article 17)

Il n’a pas fallu plus de 7 lignes pour fusionner les académies appartenant à la même région. Le gouvernement pourra faire tous les aménagements nécessaires par ordonnance, sans avoir à repasser devant le Parlement. La seule présence de cet article justifie le vote global du SNALC.

LA POSITION DU SNALC

Afin de pouvoir s’exprimer sur les différents sujets (parfaitement indépendants les uns des autres), le SNALC a très officiellement demandé un vote article par article, qui a été refusé. Confronté à l’obligation d’un vote global, nous avons donc voté CONTRE ce projet de loi. Deux articles sont inadmissibles : l’extension du domaine des expérimentations et la fusion des académies. Le SNALC salue néanmoins les articles sur la maternelle et sur le statut dérogatoire des CPE et des Psy-EN. Il fera tout ce qui est en son pouvoir pour que la réforme des ESPE amorcée ici entraîne un véritable changement de paradigme dans la formation initiale. La lutte sera rude, car le SNALC est bien seul à mener ce combat.
NOS AMENDEMENTS

Le SNALC a déposé plusieurs amendements, tous rejetés par l’administration. Nous avons entre autres demandé :
• la restriction du champ des expérimentations pédagogiques, le plus souvent imposées par en haut et non souhaitées par bon nombre de collègues ;
• la suppression de la mission d’évaluation des établissements du futur conseil national, source prévisible de nombreuses dérives ;
• la suppression des articles sur les EPLEI et la fusion des académies.

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