BILLET D’HUMEUR D’UN PROF DE TERRAIN

mardi 19 juin 2018
par  Sébastien LECOURTIER

Le secteur EPS du SNALC est viscéralement en lien avec le terrain. A l’écoute des collègues, de leurs revendications et de leurs exaspérations, il vous livre ici le billet d’humeur d’un professeur qui dénonce son ras le bol des discours pompeux et abscons où s’enlise notre profession, nous laissant dans la vacuité, la désolation et face à leurs désastreuses conséquences.

Laurent Bonnin, Secrétaire national EPS

Au royaume des aveugles…

« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément ».
Ces vers de BOILEAU ne sont pas au frontispice des UFR STAPS ou de ceux des sciences de l’éducation.
En moins d’une minute et 3 clics, ayant fait une recherche Google sur les mots clés « thèse » « sciences de l’éducation »
« STAPS » j’ai pu lire : « Je construis une situation problème pour que tous les enfants, chacun à leur niveau fassent des progrès décisifs du point de vue des savoirs à construire en gymnastique et opèrent de véritables transformations pour passer d’une motricité en réaction à un milieu aménagé à une motricité construite après anticipation. »
Je vous épargne la longue liste des arguments d’autorité trouvée dans ces thèses qui instrumentalisent sans vergogne les grands penseurs de la Tradition : « Montaigne a dit que… », « d’après Kant,… », « Selon… » et citent avec aplomb d’autres thèses du même tonneau, dans une sorte d’auto-évaluation certificative et épatante.
Je vous épargne mes sources, ma culture, mes références, mes colloques, et je vous donne simplement mon avis : les discours abscons ont la fonction de faire taire le terrain.
On peut réfuter une thèse, un argumentaire. Il est impossible de réfuter un « rien ». Confronté à « rien » développé sur 250 pages on se trouve condamné à avoir le courage de dire : « je n’y comprends rien » ou l’effronterie de déclarer « c’est indigent et sans contenu. » Vous avez le choix entre l’imbécillité et la subversion.
Ce qui ennuie l’enseignant en exercice que je suis, c’est que la doxa de l’Education Nationale se nourrit trop souvent de ce genre de prose.
Tout écart à cette doxa est soit ridiculisé, soit sanctionné. On se moque gentiment de vous en vous proposant des stages de remise à niveau. On vous sanctionne en vous collant aux concours de recrutement, internes ou externes, en ralentissant votre carrière, en vous « placardisant » …
J’espère tellement un retour au bon sens ...
Je ne cherche pas à démontrer ce que j’écris là ; j’exprime ce que je pense. Celles et ceux d’entre vous qui reconnaitront ce que je décris pourront dire qu’ils sont d’accord, et sourire un peu. Sourire est important, car parfois d’autres finissent malades de supporter l’indigence intellectuelle qu’on leur inflige. C’est une violence, dans le cadre d’un rapport hiérarchique qui prône transparence et dialogue mais pratique l’opacité et l’injonction chaque fois que cela l’arrange.
Dans cette optique, le « Mémorandum sur la souffrance des professeurs et personnels non enseignants de l’Éducation Nationale : Un premier pas vers plus de sérénité et de dignité » est un document très explicite à diffuser auprès de ceux que vous connaitriez à qui il pourrait rendre grand service.

Nicolas Dejean, Référent académique EPS Commissaire paritaire, académie de Caen


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